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Le Point sur la crise du volontariat
des_pompiers_lutte_contre_un_incendie.gifDe 4,46 sapeurs-pompiers pour 1 000 habitants en 1992, on est passé à 3,89 en 2006. La faute d’abord à la baisse du nombre de volontaires, qui représentent 85 % des effectifs en France. Les explications du lieutenant-colonel Marc Genovese, officier au Sdis des Alpes-Maritimes, docteur en droit et auteur de Je suis SPV aux Éditions du Papyrus.












Soldats du Feu magazine : Au cours du xxe siècle, les effectifs de sapeurs-pompiers volontaires ont diminué de 50 % tandis que la durée moyenne des engagem
ents a chuté à huit ans. Comment expliquez-vous cette désaffection ?

Marc Genovese : Je suis devenu sapeur-pompier volontaire par conviction, et c’est l’envie d’y consacrer une vraie vie professionnelle qui m’a conduit à devenir sapeur-pompier professionnel. Dans les années 1970, le volontariat bénéficiait de nouveaux engagements permettant de maintenir un effectif total supérieur à 200 000 hommes (les femmes étaient alors très peu présentes). Les années 1990 ont vu une baisse des effectifs liée au départ des anciens non compensée par les renouvellements. Depuis le début des années 2000, les chiffres remontent lentement grâce à de multiples campagnes de communication organisées par les instances fédérales et l’action des pouvoirs publics favorisant notamment la disponibilité des sapeurs-pompiers volontaires.

marc_genovese_sapeur-pompier_volontaire.jpgPlusieurs facteurs expliquent une relative désaffection au regard du volontariat.
Tout d’abord, les jeunes disposent aujourd’hui de nombreuses occupations qui leur laissent parfois peu de temps pour faire autre chose. Nombreux sont ceux qui passent des heures devant l’écran de leur ordinateur. De plus, les valeurs d’altruisme et d’humanisme qui ouvrent naturellement les portes vers le volontariat sont de plus en plus rares et laissent souvent place à un individualisme exacerbé par une société du « tout consommable ». Cet environnement social a une double incidence. Il crée un frein au recrutement et surtout il limite la durée des engagements. En effet, seulement 15 % des engagements dépassent une durée de vingt ans et beaucoup font un passage éphémère qui dure à peine quelques années, voire quelques mois. Certains considèrent cette activité comme un job d’été et ne donnent pas suite à leur engagement. Le caractère bénévole de l’activité ne permet pas au statut de retenir longtemps celui qui ne souhaite plus exercer son activité.
La disparition du service national prive également le volontariat d’un réservoir non négligeable. En effet, certains, parce qu’ils avaient eu l’occasion d’exercer une activité proche du métier durant leur temps d’armée, ou parce qu’ils souhaitaient prolonger au-delà leur engagement au service des autres, trouvaient au sein du volontariat le cadre idéal.
La disponibilité constitue un autre frein à l’engagement. La disponibilité liée à l’engagement opérationnel, celle qui vous prive du repas familial le jour de Noël et vous amène à passer quelques dimanches en caserne, mais aussi le temps consacré à la formation. Il est clair que le sapeur-pompier volontaire n’est pas toujours maître de son temps et que, dans une société vouée au loisir, il fait un peu figure d’exception. Ceux qui ont pu concilier toutes les exigences dans un premier temps abandonnent parfois lorsqu’ils doivent de plus organiser une vie familiale. L’éloignement du lieu de travail est une difficulté supplémentaire qui explique que l’on ait du mal à trouver du personnel disponible durant les jours et heures ouvrables.
D’autres facteurs pourraient aussi influencer l’implication des sapeurs-pompiers volontaires comme la possibilité désormais d’effectuer des heures supplémentaires non fiscalisées ou la pénalisation croissante de notre société.

Depuis de nombreuses années, les gouvernements successifs tâchent d’encourager le volontariat par de nombreuses mesures, mais le résultat semble peu probant. Comment convaincre vos homologues SPV ?
Le décret du 28 novembre 2003 permet désormais de recruter de 16 ans à 55 ans et a reculé l’âge de la retraite à 60 ans. La prestation de fidélisation et de reconnaissance (PFR) permet d’accorder un véritable droit à pension pour les intéressés, la protection sociale est très proche de celle dont bénéficient les sapeurs-pompiers professionnels. En matière de disponibilité précisément, les circulaires encourageant les fonctionnaires à souscrire un engagement de SPV, la création d’un Observatoire national du volontariat (les observatoires départementaux ont disparu), le droit reconnu à une absence légitime tant pour assurer des missions opérationnelles que des actions de formation, les conventions prévues avec les employeurs, les dispositions relatives au mécénat, le plan d’actions signé par les pouvoirs publics et les différents employeurs sont autant de mesures destinées très concrètement à favoriser la disponibilité du sapeur-pompier volontaire.
Au-delà de l’action des pouvoirs publics, il est indispensable que les Sdis s’organisent pour employer au mieux leurs SPV. Il y a, de ce point de vue, de fortes disparités entre départements, liées à leur taille, leur géographie, l’aménagement de leur territoire, leur propre culture du volontariat.
Contrairement au sapeur-pompier professionnel, le sapeur-pompier volontaire connaît de multiples modalités d’engagement opérationnel qui vont de l’astreinte sur bip à domicile jusqu’à la garde en caserne. On constate que les agents concernés qui effectuent des gardes en caserne rémunérées, dans le cadre de centres de secours mixtes notamment, font preuve d’une fidélité et d’une longévité incontestables. La présence de sapeurs-pompiers volontaires au sein du service ne doit pas être une fatalité. Il est essentiel que les gestionnaires du Sdis se posent la question suivante : des SPV, pourquoi et comment, notamment dans les départements à forte ossature professionnelle ? Cette question essentielle permet de préciser leur place au sein du service et garantit bien souvent leur bonne intégration.